Comment gérer ma colère et ma frustration à cheval

Je réponds à la demande d'une auditrice sur l'émotion de colère. Nous verrons la focntion de la colère et comment la réguler quand elle déborde et devient néfaste pour votre relation avec votre cheval.

Solenn Habre

5/6/202610 min read

Podcast Symbiose Équine - Épisode 11
Transcription

“Bienvenue sur Symbiose Équine, le podcast du cavalier qui met du sens sur vos questionnements et des mots sur vos émotions. Au détour de chaque épisode, allez à la rencontre de vous-même et de votre cheval afin d'entrer en symbiose avec lui. Le tout saupoudré d'une bonne dose de lâcher prise.

Bonne écoute !

🎧🎤🐴

On redémarre un épisode de podcast sur la colère. J'ai reçu un message d'une abonnée il y a plusieurs semaines de ça. Je vais vous le lire. C'est Cécile qui me dit

« Bonjour Solène, j'ai une question/suggestion. Je serais très intéressée de voir un post et ou podcast sur la gestion de la colère et de la frustration à cheval. C'est évidemment une demande orientée puisque je suis directement concernée. Je ne suis pas quelqu'un qui se met en colère dans la vie, mais dans certaines situations avec mon cheval ou mon chien, je peux me retrouver dans des états de nerfs très compliqués à maîtriser. Je me demande si cela a quelque chose à voir avec la domination que l'on a sur eux et qui fait que je me permets la colère avec eux alors que je ne le fais pas avec des humains, entre parenthèses, ce qui n'est pas joli-joli. Merci de m'avoir lu et surtout merci pour ton contenu qui est toujours enrichissant. »

Oui, mais rassure-toi Cécile, nous sommes nombreux dans ce cas-là.

Donc un grand merci à toi parce que ce type de message me met une dose de motivation extrême dans le sens où ça me donne des idées de contenu à vous proposer, ça me motive parce que je sais que ce contenu-là vous parle, vous plaît, vous est utile.

Vous m'en faites des retours positifs. Bref, c'est du gagnant-gagnant. Franchement, Banco, merci.

J'ai trouvé ces questions et ces réflexions très intéressantes. C'est pour ça que j'ai décidé d'en faire l'épisode de podcast du jour. Dans cet épisode-là, on va creuser cette question de "mais finalement pourquoi est-ce qu'on s'autorise à exploser de colère comme ça sur nos animaux ?" La colère, qu'est-ce que c'est?

La colère : une émotion primaire qui joue un rôle primordial

La colère, c'est donc une des émotions primaires, une des émotions de base que tous les mammifères ont, ressentent.

Le rôle de cette colère, c'est remettre du mouvement, ressortir de la situation d'inconfort. Sortir même d'une situation qui peut être menaçante, en tout cas perçue comme menaçante. Si vous prenez le temps d'analyser les situations où vous perdez patience, où vous vous énervez, voire où vous explosez de colère, il s'agit de situations où vous étiez hors de contrôle, un peu comme dans une impasse.

Par exemple, vous avez pressé vos mollets, pas de départ au galop. Alors vous avez mis des coups de talon, toujours pas de départ au galop. Vous craquez, paf, les coups de cravache tombent.

Il y a un lien qui me vient en même temps : c'est vrai que dans les cours d'équitation, on nous apprend "tu presses tes mollets, puis coups de talon, et puis coups de cravache". Que ce soit une bonne ou une mauvaise manière de faire, le débat n'est pas là, mais c'est intéressant de voir que bien même dans l'apprentissage, rapidement, on veut qu'il y ait une réponse. Et donc on monte en intensité, en intensité dans le comportement, dans la douleur en l'occurrence là, qu'on fait subir à l'animal, à l'autre, pour qu'il y ait une réponse et que la situation d'impasse dans laquelle on se trouve cesse.

Donc si on reprend la situation peut-être que vous avez en tête, dans laquelle vous avez perdu patience récemment, que vous vous êtes énervé, creusez un petit peu et rapidement vous allez voir que vous vous étiez retrouvé dans une situation d'impuissance complète. C'est à dire que les comportements que vous avez eu n'ont pas entraîné les réactions escomptées.

Donc perte de contrôle → impuissance → et donc état d'insécurité interne plus ou moins élevé, → et donc colère également plus ou moins élevé pour vous sortir de là.

Après ça marche ou ça ne marche pas, ça c'est autre chose, mais ce qu'il faut retenir c'est que la colère vous veut du bien.

Pourquoi craquent-on facilement sur nos chevaux ?

C'est une vraie question, une question très intéressante. Pourquoi est-ce qu'on craque beaucoup plus facilement sur nos animaux, sur nos enfants par exemple, que sur d'autres personnes adultes autour de nous ? À mon sens le risque de riposte de la part du camp adverse n'est pas bien grand.

La colère est alors beaucoup plus possible à exprimer. Par exemple, et ça c'est un exemple perso, j'ai extrêmement de mal, voire même je suis quasiment dans l'incapacité d'exprimer ma colère contre mon père. Celle-ci elle est clairement bloquée en moi et ce malgré les années de thérapie, ça bouge un peu mais c'est lent.

Par contre avec mon cheval elle peut complètement s'exprimer, ou du moins elle pouvait. Aujourd'hui ça s'est beaucoup régulé. Mais pendant de nombreux mois elle s'exprimait sans aucun souci. Sauf qu'elle était très mal digérée.

Digérée [au lieu de "dirigée"]... excellent, je le garde parce que ça a tout son sens ici.

Mais cette colère elle était juste mal dirigée et aussi digérée.

Je me suis toujours demandé pourquoi est-ce que sur mes animaux il était plus facile de décharger, en tout cas de décharger sur eux, plutôt que sur les personnes autour de moi.

Et je suis vraiment convaincue qu'il y a une part de cette explication là. Le risque de riposte est nettement moins grand. Par exemple si je me suis disputée le matin avec mon mari et que je vais ruminer dans mon coin, et qu'ensuite je sors mon chien, je sors Ryu et il fait quelque chose qui m'agace.

Je sais pas, je l'appelle, il traîne... Un truc qui va m'énerver un peu. Eh bien j'ai remarqué qu'il y a des fois où je pouvais m'énerver beaucoup plus facilement sur lui. Comme si en fait Ryu se prenait la double sanction, c'est à dire la colère dirigée contre mon mari mais que j'ai pas pu exprimer et que je rumine depuis une demi-heure, et celle qui va concerner la situation actuelle de mon chien qui par exemple ne m'écoute pas.

Et plus j'ai pris conscience de ce phénomène, mieux je réussis à me réguler.

Donc il n'y aura jamais de perfection, c'est à dire que la fatigue, le stress, les événements de vie vont nous mettre plus ou moins sur les nerfs et il y a des moments où on va craquer et où on va décharger. L'idée étant de décharger le moins possible, le moins fort possible, en tout cas de pouvoir rapidement réparer le comportement inadapté qu'on a pu avoir.

La colère est une émotion normale qui se traverse, comme toutes les autres émotions

Avoir de la colère c'est sain, c'est normal, c'est la manière d'exprimer cette colère qui déconne. Enfin pour moi il y a aussi d'autres facteurs. Notamment celui de la dépendance de l'autre envers soi qui va générer une sorte de légitimité à user de son autorité sous toutes les formes.

C'est à dire je suis responsable de toi et je me sens donc avoir également une autorité sur toi. Alors que pas du tout, on est bien d'accord. Mais il y a quand même un lien qui se fait.

En tout cas pour beaucoup il y a un lien qui se fait à ce niveau là. J'estime donc avoir une légitimité à te souffler dans les bronches pour que tu fasses ce que je te dise de faire et que tu rentres dans le rang, point. Pour moi il y a également un phénomène de normalisation de ces comportements de décharge de colère qui est fait par la société.

Il est complètement admis d'user de la peur pour se faire respecter.

Et on le retrouve aussi chez les enfants ça. Un exemple tout bête, le fameux "si tu ne finis pas ta soupe, pas de dessert".

C'est du chantage.

Et le chantage ne fonctionne que parce qu'il crée de la peur. J'ai peur de ne pas avoir le dessert. Alors que je rêve de manger ce gâteau au chocolat depuis le début du repas. Il y a un côté où c'est absolument normal en fait d'avoir recours à la peur et quoi de mieux que la colère pour générer cette peur et ainsi faire rentrer l'autre dans le rang, dans le moule qu'on attend de lui. Les animaux ne sont pas mieux lotis que les enfants en termes de lois, en termes de droits.

Et je considère même qu'on est dans une société qui encourage à user de la violence pour satisfaire ses besoins personnels. La société ne fait pas de prévention, la société n'apporte pas les sanctions judiciaires dont à un moment donné il y aurait besoin. En un sens, elle cautionne les violences, elle les encourage même quand on voit certaines situations.

Il y a donc un profond problème d'éducation. On n'apprend pas aux enfants à gérer leurs émotions.

On ne les aide pas à comprendre leur colère et à la réguler.

On va les laisser se débrouiller tout seuls avec. Souvent parce que nous-mêmes en tant qu'adultes, on ne sait pas du tout comment faire avec nos propres émotions et alors encore moins avec la colère.

Bien traverser sa colère, cela s'apprend mais pas n'importe quand ni n'importe comment

On va complètement laisser nos enfants avec leurs propres émotions à essayer de gérer tout ça. Alors qu'un enfant n'a pas les fonctions cérébrales suffisamment développées pour réguler ses émotions avant 2-3 ans. Et ça n'apparaît pas d'un coup d'un seul "j'ai 3 ans, pof, ça se développe dans mon cerveau". Non, ça met du temps.

Et ça passe avant tout par les expériences de vie et par les expériences relationnelles avec mes figures d'attachement, c'est-à-dire en général avec mes parents, avec les personnes qui s'occupent de moi.

Donc le coup du « va dans ta chambre et tu reviendras me voir quand tu seras calmé », ça ne fonctionne pas. C'est pire.

Et on ne parle même pas de la colère qui est complètement éteinte par la peur de s'en prendre une si jamais on ose répondre ou on ose rétorquer quelque chose. C'est deux extrêmes où dans l'un on se fait taper, dans l'autre on se gère tout seul, mais les deux situations sont tout autant violentes et génèrent des "bombes", des futures "bombes humaines".

Parce qu'en fait les enfants deviennent des boules de frustration qui vont essayer de se décharger comme ils le peuvent et la plupart du temps c'est de manière complètement inadaptée puisqu'on ne leur a jamais appris à le faire de manière adaptée.

Ces enfants, ils grandissent, ils deviennent adultes, ils deviennent parents, ils travaillent peut-être même avec des enfants et ils transmettent à nouveau ces schémas-là. Donc on a tout intérêt à éduquer nos enfants qui vont faire notre société de demain et ceux dès leur plus jeune âge. Il faut les éduquer aux émotions, il faut les aider à ne pas devenir justement ces futures bombes humaines.

Et encore une fois, une bombe humaine c'est pas juste tabasser son gosse, c'est aussi crier à chaque contrariété, ignorer l'autre pendant deux jours par vengeance parce qu'il nous a fait du mal et qu'on ne s'est pas senti suffisamment respecté, c'est imposer son point de vue à l'autre sans lui laisser de libre arbitre, c'est rouler très vite et faire peur aux passagers de la voiture. Bref, il existe une multitude de comportements qui vont témoigner d'une colère très mal gérée par l'adulte. Et nos enfants, ils apprennent à reproduire ce qu'ils voient.

Revenons à nos chevaux : mieux exprimer sa colère dans un contexte équestre grâce à des exercices de régulation

Je me suis un peu égarée des animaux, mais finalement pas tant que ça puisque le souci c'est bien l'humain qui décharge sa colère sur ses animaux. Donc en un sens, en fait je ne me suis pas égarée. Comment est-ce que je vais gérer ma colère et ma frustration ? Eh bien ça va passer par tout un travail que je vais faire sur moi, un travail qui va me permettre :

- d'identifier la cause de cette colère ;
- de savoir contre qui est-ce qu'elle est vraiment dirigée ;
- de la réguler grâce à deux choses principalement.

D'une part, les exercices de régulation émotionnelle qui s'apprennent, qui permettent de faire revenir le calme à l'intérieur de soi, retrouver une tête froide pour ne pas décharger sur l'autre, réfléchir avant d'agir et exprimer sa colère de manière saine, adaptée, et nous permettre ainsi au contraire du coup de pouvoir communiquer, s'affirmer de manière complètement adaptée et être vraiment compris en fait par l'autre, entendu. Et puis la réparation de ce qui cause cette colère lorsqu'elle est inadaptée.

On va aller réparer ce qui a été abîmé, ce qui a généré des schémas dysfonctionnels.

On va aller réparer les traumatismes relationnels. Et c'est ça qui va vraiment libérer le corps de ces traumatismes, qui va permettre au système nerveux de se réguler. Alors pour celles et ceux qui souhaitent se retrousser les manches et commencer à travailler sur leurs émotions, vous pouvez retrouver le lien vers mon accompagnement, le trousseau de clés, et dans lequel vous allez pouvoir apprendre à identifier les causes de ces explosions émotionnelles et surtout comment les apaiser à l'aide d'exercices de régulation émotionnelle.

C'est en quelque sorte la base pour apprendre à réguler ses émotions et à devenir autonome là-dedans. Ces pistes de réflexion, j'espère qu'elles vous amèneront à réfléchir justement sur votre propre colère et à vous demander si celle-ci est débordante. Si elle existe tout simplement... car peut-être qu'elle est complètement éteinte.

Est-ce qu'elle se transforme en culpabilité ? Est-ce qu'elle se décharge sur d'autres de manière inadaptée ? Et surtout, que décidez-vous de mettre en place pour commencer à changer de comportement ? Sur ce, je vous dis bonne réflexion et à dans 15 jours pour un nouvel épisode de podcast.

Si vous l'avez apprécié et que vous souhaitez soutenir le podcast de manière complètement gratuite, n'hésitez pas à le partager à un·e ami·e, à vous abonner et à laisser un commentaire sur Apple Podcast ou Spotify.

À bientôt ! Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout.

À très vite !”

Solenn Habre

Psychologue depuis 2016, les émotions et la relation sont le coeur de mon métier. La rencontre de mon cheval Jupiter en 2020 m'a fait réaliser l'impact exceptionnel qu'avaient nos émotions dans la relation avec nos chevaux. Depuis, je vous accompagne dans cette voie !

couple cavalier cheval plage
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Psychologue clinicienne et psychothérapeute diplômée d'Etat

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